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Les femmes et le football : de la présence à la performance !

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Dominique Crochu

La pratique du football en France par les femmes est identifiée en 1917 et la première équipe de France a joué en 1920. Il faut ensuite faire un bond dans le temps, jusqu’aux années 1960 : les clubs de Reims et Schwindratzheim (puis Vendenheim-Alsace) ont formé les équipes historiques de la renaissance du football féminin, entre 1965-1969. Il faut cependant attendre mars 1970 pour que la Fédération Française de Football (FFF) reconnaisse officiellement cette pratique.

En 1984, le Ministère des Sports a obligé les fédérations sportives ayant une pratique féminine à réserver un siège d’élue dans leur conseil d’administration. Les efforts, l’énergie, la passion, la patience et la combativité de Marilou Duringer (seule femme élue au Conseil Fédéral du football entre 1984 et 2008) pour faire exister les différents projets et notamment l’instauration de compétitions seront titanesques et rarement soutenus à la hauteur de son engagement personnel.

En 2011, Noël Le Graët accède à la présidence de la FFF avec une équipe resserrée d’élus. Il confie le poste de Secrétaire Générale à Brigitte Henriquez[1], qui devient numéro 3 du Comité Exécutif de la fédération. C’est la première fois qu’une femme accède à un tel poste. Noël Le Graët lui délègue la définition et la mise en place du projet de féminisation du football français.

Le Président de la FFF est un acteur convaincu de la mixité, que ce soit dans les entreprises ou dans les clubs. Il en fait un réel enjeu d’avenir pour la Fédération et s’investit personnellement sur différents volets, notamment pour la diffusion télévisuelle de la D1 féminine, de la Coupe de France, et de l’Equipe de France. Un an plus tard, il nomme Florence Hardouin au poste de Directrice Déléguée de la FFF et Marie Barsacq, Directrice de la Ligue du Football Amateur.

 

Féminisation : le rôle de l’Etat et des fédérations

De son côté, le ministère de la Jeunesse et des Sports sollicite, de la part de toutes les fédérations sportives, un plan de féminisation. En 2011, la Coupe du monde féminine en Allemagne voit l’équipe de France faire un magnifique parcours sportif sous la houlette de Bruno Bini. Les matches diffusés des Bleues (sur une chaîne gratuite et accessible à tous) révèlent les qualités techniques et d’efficacité collective de ce groupe. Match après match, l’audience s’envole et le public s’attache aux réelles qualités de jeu de cette jeune équipe tricolore qui arrive pour la première fois à ce niveau de compétition, en terminant 4e de la Coupe du monde. Un an plus tard, ce groupe termine également 4e des J.O. de Londres. Il est, enfin, bel et bien question de performance !

Par ailleurs, des actions de formation, des rassemblements sous forme de séminaires des dirigeants/tes de clubs de D1 et D2 sont en cours de réalisation, ainsi que des visites aux clubs.

En mars 2014, la FIFA (instance d’organisation du football mondial) indique que la France est classée 4e nation mondiale par ses résultats cumulés.

Si ces actions concernent l’élite et ses pratiquantes, Brigitte Henriquez s’attelle aussi à une grande opération intitulée « Le Football des Princesses » (appellation en regard des « Princes » du Parc) au cœur des écoles, des collèges et des lycées. Les partenaires de ces opérations sont bien sûr les instances du sport scolaire et le ministère de l’Education nationale.

L’idée forte est de faire découvrir la pratique du football aux fillettes, avec la participation ponctuelle de joueuses internationales (Gaëtane Thiney, Camille Abily, Laura Georges). Tout est réuni pour que l’initiation se fasse par le jeu, dans la bonne humeur, avec l’adhésion des enseignant(e)s.

En matière de féminisation des instances dirigeantes, une opération d’envergure, « Mesdames : franchissez la barrière ! », invite toutes les femmes proches des clubs de football à venir prendre un rôle important dans la vie de ces associations. Par ailleurs, les femmes sont invitées et sollicitées, selon leurs goûts et aptitudes, à se former à l’arbitrage et aux diplômes techniques.

Ce plan de féminisation - de grande envergure -, lancé à tous les niveaux du football français et dans plusieurs directions, fera l’objet d’un bilan à la fin de la mandature en cours (fin 2016).

Quelques résultats sont d’ores et déjà disponibles. Ainsi, le nombre de joueuses a augmenté de 10 % en deux saisons, portant à 70 000 licenciées l’effectif des pratiquantes. L’objectif fixé par Noël Le Graët est de 100 000 d’ici la fin 2016. La satisfaction est aussi de mise sur le volet des dirigeantes dans les clubs, dont le chiffre est monté à 30 000 (trésorières, membres de comité directeur, accompagnatrices d’équipes, etc.). Par ailleurs, on dénombre à ce jour environ 2 000 cadres techniques et 700 femmes arbitres. Cela indique qu’un certain nombre a bien « franchi la barrière ».

 

Résistances – Difficultés

Le plan de développement fédéral de la féminisation, extrêmement ambitieux, concret, volontaire et volontariste de la FFF, se heurte comme pour tous les combats pour les droits des femmes à des freins contextuels, économiques, structurels ou encore culturels. Ce programme doit être encore largement expliqué, détaillé, partagé au niveau des instances régionales, départementales et locales (environ 150 lieux, y compris Outre-mer).

C’est un long travail de communication et de partage, au niveau local comme national, qui va demander beaucoup d’énergie, de force, de temps, compte-tenu du large spectre défini et des volets divers à mettre en place.

Au niveau des 18 000 clubs, les dirigeants (bénévoles) de football (amateur) n’ont globalement pas encore intégré - à l’image de notre société - la mixité telle qu’elle existe de fait, que ce soit en termes d’accueil des femmes ou d’accueil des jeunes filles.

En mars 2014, tous les clubs ont été sollicités par la Ligue du Football Amateur pour le vote d’un projet relatif à l’attribution d’un « label club » regroupant un certain nombre d’exigences. Il semble bien que le critère spécifique d’intégrer dans chaque club un certain nombre de joueuses ait été le point de blocage de ce dossier et cela s’est exprimé lors du vote. Cette proposition a été rejetée par 70% des voix. 

A n’en pas douter, les instances du football seront amenées à faire beaucoup plus de pédagogie et de travail de proximité pour faire avancer la réalité de la pratique féminine et la présence des femmes de haut en bas de la pyramide.

Le football s’est construit, comme tant d’autres sphères, sans les femmes ; ce sport étant, de plus, identifié culturellement et historiquement comme « de tradition masculine ».

Pour les clubs professionnels, il est à noter que très peu de femmes font partie des Conseils d’administration des sociétés professionnelles (SASP) qui gèrent ces entités. Les entretiens que nous avons pu mener auprès de plusieurs responsables de ces sociétés ont souvent occasionné la réponse suivante : « on n’a pas pensé à intégrer une femme… ».

Enfin, si la FFF a entrepris une révolution dans sa vision d’avenir, grâce à une politique clairement définie, d’autres progrès restent à faire en termes de gouvernance. En effet, tous les groupes de travail et notamment toutes les commissions fédérales, régionales, départementales - représentant des milliers de personnes - sont à très forte majorité masculine, sans qu’une politique d’ouverture n’ait encore été mise en place. Les représentations géographiques, les cooptations d’intérêt commun (« entre soi » masculin depuis plusieurs générations), les « légitimités historiques » devront faire l’objet d’évolutions certaines pour intégrer beaucoup plus de femmes.

Depuis 2011, sur le plan de la gouvernance de la FFF et de la Ligue du Football Amateur (LFA), le football a fait sa révolution élective en permettant des scrutins de listes pour des comités directeurs resserrés. Ceux qui sont en place à ce jour ont tous intégré « une » femme, par obligation légale. Quand un candidat à la présidence de ces deux entités osera-t-il imposer « plus » d’une personne ? Et surtout, quelle femme osera construire un programme, composer et présenter sa propre équipe à la gouvernance de la FFF ou de la Ligue de Football Amateur ? Et pourquoi pas à la tête de la Ligue de Football Professionnel ? Peut-être lors des prochaines élections, fin 2016.

Par ailleurs, les mots « enfance » et « gouvernance » sont les pivots de la réussite d’un vrai développement de la place des filles et des femmes dans le football. Dès l’école pré-élémentaire, la nécessité, pour les fillettes, d’avoir accès à une véritable palette de sports via une initiation simple donnerait une meilleure garantie de leur propre choix, loin de toutes les influences stéréotypées qui plombent leur accès – entre autres - au football. Par ailleurs, la nomination, la cooptation, les candidatures et les élections de femmes à des postes à responsabilité conduiront le football à une plus grande mixité.

Il semble aussi que l’axe de diversité - dans les postes de direction des différentes entités du football - sera l’une des clés pour le sport le plus populaire de France et du monde, pour qu’enfin les pratiquant(e)s puissent s’identifier à ceux et celles qui les représentent aux différents échelons décisionnaires.

 

Voies…et voix… de progrès

Quand la ministre des Droits des femmes, de la Ville, des Sports et de la Jeunesse, Najat Vallaud-Belkacem, indique que la France a pour objectif d’avoir « des millions de femmes sur les terrains », nous avons la conviction que le football peut contribuer à ce grand projet.

Des freins sont encore présents dans de nombreux clubs. Le plus important est le refus d’accueillir des joueuses, certains dirigeants ne voyant pas « l’utilité » de créer une section féminine. Et dans certains autres cas, lorsque la section est créée, les horaires d’entraînement et l’attribution des terrains ne sont pas répartis de façon équitable entre les garçons et les filles, en laissant à ces dernières des créneaux et lieux moins favorables. Ceci augmente les difficultés de l’accès à la pratique, aux progrès des joueuses et au développement du football féminin. Cette discrimination et/ou ce sexisme (observés dans de nombreux autres sports) s’appuie sur des préjugés culturels et historiques qui ont la vie dure…

Les instances du football ont encore un long chemin à parcourir auprès des clubs, qui passe par plusieurs options : convaincre ? inciter ? obliger ? pour que les clubs acceptent toute demande de pratique, que ce soit d’un garçon ou fille.

Si des rencontres de l’Equipe de France féminine et des matches des compétitions majeures sont télévisés, c’est insuffisant car cette diffusion ne concerne qu’une partie de l’élite française. Les volets de communication, d’information, de valorisation, de partage restent des territoires d’innovation non encore explorés.

En effet, cette réalité, « les femmes et le football », doit être installée sur tous les terrains… dans les tribunes… dans la formation des étudiant(e)s du secteur du sport, du journalisme et d’autres axes à ouvrir…

Il serait innovant d’oser créer un réseau « Femmes de foot / Fans de foot » visant à porter la voix de toutes les femmes intéressées de près ou de loin par le football, en plus de celles impliquées dans la pratique sportive. En effet, un concept de rassemblement des spectatrices de tous les stades (du plus haut niveau jusqu’au stade de village), des supportrices des Equipes de France et des clubs, des femmes proches du football via leurs fils, leurs filles ou tout autre filiation, des téléspectatrices des rencontres jusqu’aux femmes de terrain… pourrait identifier une force nouvelle et apporter une voix certaine au football français sur bien des plans.

Enfin, l’observation des réseaux sociaux montre une forte activité et une attractivité pour la pratique de ce sport par les femmes. A l’heure du digital, le temps est venu de fédérer les énergies et les forces vives avec de jeunes hommes et femmes passionnés de football.  Ensemble, ils le défendent et communiquent déjà avec talent et passion. Les femmes utilisent, de plus en plus, les réseaux sociaux pour partager leur passion, leurs combats.

Ce projet « Femmes de foot / Fans de foot » pourrait être le socle d’autres idées pour développer et faire grandir la place des femmes dans le football. Nous avons depuis longtemps la conviction que le numérique est un allié de tout premier plan pour accompagner et créer des espaces de communication, d’écoute, de valorisation, et de prospective.

Oser est le verbe adapté.  Nous avons un espoir d’audace de communication pour que les femmes aient toute leur place dans le football… le sport numéro 1.

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